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Chacun commença sa
vie de son côté. Plus les années passaient, plus le manque faisait
place au souvenir. Ils ne s’oublièrent pas mais le temps
effaça les souffrances.
Hugo découvrit le
continent américain et en tomba amoureux. Il se passionna pour
celui-ci et ses études le conduisirent à devenir reporter. Il
commença à faire des documentaires, parcouru l’Amérique
latine, puis le nord, le Canada et les Etats-Unis, bien sûr. Il
faisait ce qu’il aimait et prit énormément goût au voyage.
Après tout, rien ne le retenait, il n’avait pas fondé de
foyer, il pouvait aller où bon lui semblait sans se préoccuper de
son entourage. Il eut quelques aventures amoureuses mais rien
d’assez important pour décider de se poser.
De son côté,
Léonore eut du mal à se remettre de son grand amour de jeunesse
mais elle réussit à reprendre goût à sa petite vie, et continua ses
études pour devenir journaliste. Elle aimait ça et se spécialisa
dans le cinéma. Pour elle, sa carrière collait parfaitement à ses
désirs les plus profonds. Elle se sentait bien dans son boulot et
bien dans sa vie. Il ne lui manquait plus qu’un homme, après
tout. Elle le rencontra par l’intermédiaire de son
père ; un musicien que celui-ci produisait. Un grand brun,
talentueux et sombre. Elle aima tout de suite son air indifférent
et la passion qu’il avait de la musique. Ils tombèrent dans
les bras l’un de l’autre, mais après deux ans de
relation tumultueuse, Léonore tomba enceinte. Lui, il ne voulait
pas particulièrement de cet enfant ; il commençait à être
connu et les tournées européennes s’enchaînaient. Mais
Léonore n’était pas du même avis, elle décida de le garder,
quitte à l’élever seule. Cela ne lui faisait pas peur. Et
puis, si lui n’était pas prêt, tant pis, le charme du
musicien torturé n’opérait plus sur elle. Il reconnu donc
l’enfant mais se sépara de Léonore et lui en laissa la garde.
Ce petit bout, la jeune femme en fut rapidement complètement
folle. C’était son fils, elle l’aimait plus que tout et
s’en occupait comme la prunelle de ses yeux.
Les années
passèrent, le petit garçon grandit peu à peu sous la fierté de sa
mère. Il allait bientôt avoir huit ans quand elle l’emmena au
parc de sa jeunesse. Elle lui montra tous les endroits
qu’elle aimait, le laisser s’amuser un peu aux jeux de
plein-air et lui fit découvrir la nature avec un léger sentiment de
nostalgie. Elle observait les pelouses, mélancolique, repensant aux
merveilleux moments qu’elle avait passés avec lui, ici.
Le petit garçon
échappa quelques instants à la surveillance de sa mère et
s’approcha avec curiosité d’un homme qui était allongé
sur un banc, non loin d’eux. Il avait un casque de musique
sur les oreilles et parcourait les pages d’un livre avec un
air absent. Cela intriguait le garçon, il se sentait étrangement
attiré par l’homme. Il voulait voir ce qu’il faisait,
pourquoi il était ici tout seul, pourquoi il
avait le doux sourire de quelqu’un qui a l’esprit
ailleurs.
-
Chéri, reviens ici ! N’embête pas
les gens ! interpela Léonore en s’approchant de son
fils.
Le petit garçon
sursauta alors l’homme tourna la tête vers lui et la
jeune femme qui se dirigeait vers eux. Il fut d’abord étonné
de la voir ici, mais encore plus de voir à quel point elle avait
changé tout en restant étrangement la même. Il reconnaissait ce
petit éclat malicieux dans ses yeux, même s’il paraissait
plus sombre et fatigué que pendant leur jeunesse. Il posa son livre
et se releva pour lui faire face. Elle pila net. Mon
Dieu ! Mais était-ce vraiment lui ? Après tout ce
temps ?
-
Bonjour Léo…Léonore. Je ne
m’attendais pas à te voir ici.
Aucun mot ne
sortait de sa bouche, elle était totalement surprise de le
revoir.
-
Tu ne m’as pas oublié, quand
même ? demanda-t-il voyant qu’elle ne disait
rien.
Elle allait
répliquer quand elle tourna la tête, répondant à l’appel de
son fils qui essayait de toucher l’eau de la mare.
-
Viens tout de suite ici, Hugo ! Arrête
ça, c’est sale. Viens chéri !
L’homme
sourit devant la situation.
-
Ah, apparemment, non tu ne m’as pas
oublié… murmura-t-il.
Léonore rougit
doucement. Pourquoi n’arrivait-elle pas à aligner deux
mots ? Elle soupira et réussit enfin à prendre la
parole :
-
Ca fait tellement longtemps, Hugo. Je ne sais
pas comment réagir. Je n’ai plus de nouvelles de toi
depuis…
-
Depuis douze ans, compléta-t-il. Mais je ne
te demande rien, c’est par un pur hasard qu’on se
croise ici.
-
Mais… depuis quand tu es revenu en
France ? Et pourquoi tu es dans ce
parc ?
-
Je suis revenu il y à peine un mois, pour un
projet professionel. Mais je compte m’installer à nouveau
ici. Et pour le parc, c’était juste par nostalgie, je suis
simplement venu me balader.
-
Sur ce banc, avec tes écouteurs, ton
livre… Douze après… murmura-t-elle, scrutant le
visage de son interlocuteur.
-
Oui...
Le petit garçon
s’approcha d’eux et observa l’homme avec
curiosité. Sa maman semblait le connaître, c’était bien
étrange. Hugo baissa les yeux vers l’enfant et sourit. Il se
mit à sa hauteur.
-
Alors, comme ça, toi aussi tu
t’appelles Hugo ?
-
Oui, pourquoi ? Toi
aussi ?
-
Eh oui ! Mais depuis plus longtemps que
toi ! plaisanta-t-il. Quel âge
as-tu ?
-
J’ai presque huit ans !
s’exclama le petit avec fierté.
-
Oh mais c’est grand ça ! Et il est
où, ton papa ?
-
Au travail. Loin
d’ici.
Hugo jeta un coup
d’œil intrigué à Léonore qui demanda à son fils
d’aller jouer au bac à sable pendant quelques minutes. Puis,
elle tourna à nouveau son attention sur l’homme.
-
Ecoute, je ne sais même pas pourquoi je te
raconte ça, mais je ne suis plus avec le père d’Hugo, on est
séparé depuis sa naissance. Il est musicien et il voyage dans le
monde entier pour des tournées alors il ne le voit pas
souvent.
-
Ah. Mais tu l’élèves seule
alors ?
-
Oui. Et je m’en sors très bien comme
ça. On a pas besoin de son père, tu sais. C’est un enfant
heureux et épanoui et sûrement pas grâce à lui, dit-elle
amèrement. Et toi, alors ? Tu as des
enfants ?
-
Oh, non. Tu sais, je voyage énormément pour
mon boulot alors je ne peux pas vraiment entretenir une relation
stable et encore moins fonder une famille. Mais j’ai
décidé de me poser enfin en France.
Elle hôcha la tête
en le scrutant. Puis, elle regarda sa montre et le regarda à
nouveau.
-
Bon, écoute, je dois rentrer, il faut que je
finisse un article et Hugo doit prendre un bain. Si tu veux, on
pourrait se revoir, pour discuter un peu plus. Enfin c’est
toi qui vois.
-
Oui, bien sûr, pas de problème !
répondit-il en souriant.
Ils
s’échangèrent leurs coordonnées, puis se dirent au revoir
avant de partir chacun de leur côté ; Léonore, un peu
troublée, tenant la main de son fils et Hugo rassemblant ses
affaires avec un sourire.
Aaaah, ça fait un drôle d'effet de les voir adultes maintenant,
hein ?
Mes petits personnages chéris sont
devenus grands...
Et oui, c'est la vie !
N'oubliez pas de me donner votre avis !
