Léonore
Je m’en voulais. Je m’en voulais. Je m’en voulais.
J’avais fait du mal à ma sœur et je m’en voulais. Je m’en voulais d’avoir réagi comme ça. Je m’en voulais d’éprouver des sentiments pour son copain. Des larmes de colère contre moi-même perlèrent au coin de mes yeux.
Je marchais, le visage frappé par un vent frais, presque hivernal. Mes pas me menèrent au parc où je me jetai sur un banc pour reprendre mes esprits. Devant moi, deux enfants jouaient avec des bouts de bois. De leurs bonnets et de leurs écharpes ne dépassaient que quelques mèches de cheveux et leurs petits yeux. Je tentais d’oublier la dispute que je venais d’avoir en les observant quand une présence me fit lever les yeux.
Hugo se tenait debout, à ma droite et me regardait.
- Salut, dit-il.
- Salut, répondis-je.
Il s’assit à mes côtés. Les mains dans les poches.
- Je me suis disputée avec Juliette, lançais-je sans pouvoir me retenir plus longtemps.
- Oh. Toi aussi.
- Je suis désolée.
- De quoi ?
- Que vous ne vous parliez plus à cause de moi.
- C’est rien. Laisse tomber.
- Elle m’a dit de ne plus te voir.
Il se tourna vers moi.
- Et tu vas l’écouter ?
- Je n’en sais rien. Tu crois que je devrais ?
- Fais ce que tu veux, Léo.
Je soupirai, mettant les mains sur mon visage, lasse de cette situation.
- Je ne sais plus ce que je dois faire.
Il s’approcha de moi, me regardant dans les yeux. Puis il fit un geste très intime, plus encore que de m’embrasser.. Son visage et son regard bleu à quelques centimètres du mien, il posa son index et son pouce aux deux extrémités de ma bouche et il me l’étira en un sourire. Mon cœur s’emballa
- Commence par sourire, me dit-il sans me lâcher des yeux.
Je le fixai, puis troublée, je fermai les yeux.
- Je ne suis plus avec Jérémy, lançais-je.
Il se recula de quelques centimètres alors que je ré-ouvrai les yeux.
- Je sais, répondit-il.
- Comment tu le sais ?
- Il me l’a dit.
- Il l’a prit très mal.
- Je sais, répéta-t-il.
- Il m’a dit qu’il était vraiment amoureux de moi et que je gâchai tout. D’ailleurs, même entre Juliette et toi, je gâche tout… En ce moment je ne sais plus où j’en suis. Je ne sais plus ce que je veux, Hugo.
Il me dévisagea étrangement sans faire de remarque.
Il se leva et me dit :
- Je ferais mieux d’y aller…
- Pourquoi ? demandais-je, étonnée de la soudaine distance qu’il prit.
Il évitait mon regard.
- C’est mieux comme ça.
- Il y a un problème ?
- Non, aucun, dit-il en souriant.
Il commença à partir puis revint vite sur ses pas.
- Ou plutôt si, il y en a un.
- Ah ?
- Le problème c’est que je vois bien que tu es mal, je vois bien que tu es perdue, et j’ai envie de t’aider, de te réconforter, mais je ne peux pas. Je ne peux pas parce que si je le fais je joue avec le feu, si je le fais je vais faire du mal à Juliette, et même si je n’ai pas plus de sentiments pour elle que tu en as pour Jérémy, je ne veux pas la blesser. Pourtant, malgré ça, je meurs d’envie de te prendre dans mes bras, de rester avec toi, de parler avec toi, de rire avec toi. J’ai envie de t’entendre me traiter de crétin à longueur de journée. J’en ai envie et c’est un très gros problème. Ca ne devrait pas se passer comme ça. Tu comprends ?
Je hochai doucement la tête, ne pouvant ouvrir la bouche sous le coup de la surprise.
- Tant mieux.
Il me jeta un dernier coup d’œil et s’éloigna à nouveau.
- Crétin ! lui hurlais-je alors qu’il n’était qu’à une trentaine de mètres.
Il se retourna, me sourit et se remit à marcher.
Je le regardai partir en soupirant. Puis, inconsciemment, un sourire se dessina sur mon visage.
Qui a dit que la vie était simple ? Parce que ce n’était vraiment pas le cas.
Et voici la suite ! Eh
ouais, deux chapitres en une journée !
Il m'arrive de vouloir vous faire
plaisir. Mais c'est avant tout à moi que je fais plaisir en
écrivant cette histoire.
Tchoubidou.


