Léonore
Nous rentions du lycée et sur le chemin je me plaignais encore d’être seule. Mes meilleures amies, Laura et Anna, tenaient chacune la main de leurs amoureux respectifs, Florian et Julien, pendant que je leur tournais autour telle une fille en manque d’amour.
- Arrêtez de me narguer avec vos câlins et vos regards niais d’amoureux transis ! Ce n’est pas sympa pour moi.
- Et toi, arrêtes de geindre de cette façon, tu nous casses les oreilles, dit Anna.
Je fis mine de bouder à sa remarque et Julien me jeta un regard moqueur.
- Trouvez moi un garçon potable, s’il-vous plaît les copains ! Et je ne me plaindrais plus, je le jure ! annonçais-je cérémonieusement.
- Il y a Charles qui est accro à toi et c’est un mec potable alors pas besoin de chercher bien loin, lança Anna.
Une grimace de dégoût apparut sur mon visage.
- Quoi ? Tu es folle, il est ignoble celui-là. Il est romantique à en vomir !
- Tu n’es jamais contente de toute manière, Léonore. Tu es trop exigeante, dit Laura.
- Pas faux. Un paquet de garçons auraient bien voulu sortir avec toi mais tu les a tous rejetés ! ajouta Florian.
Je ne répondis rien, me contentant de regarder le sol. C’était peut être vrai mais je n’allais tout de même pas être avec un garçon qui ne me plaisait pas. Je voulais d’un amour réciproque autant physiquement que mentalement. C’était les choses les plus importantes pour moi.
Nous avions décidé de nous balader dans le parc pour profiter des derniers rayons de soleil de l’été avant l’automne.
- Tiens, regarde Florian, c’est Hugo là-bas ! dit Julien en montrant un garçon allongeait sur un banc.
- Il joue au clodo ou quoi votre copain ? marmonnais-je.
Il était affalé de tout son long avec un casque sur les oreilles et un livre à la main. C’était rare de voir un aussi beau garçon entrain de lire un bouquin en dehors des cours. Il n’était pas très grand comparé aux garçons que je connaissais, il semblait faire ma taille à vrai dire. Ses cheveux bruns ébouriffés paraissaient tenir en place grâce au casque et son look était plutôt de mon goût.
Les garçons nous entrainèrent vers lui et il leva les yeux vers eux avec surprise. Des yeux bleus nuit à tomber par terre.
- Salut Hugo ! Qu’est-ce que tu fais là ? demanda Florian.
Il les salua avec un sourire.
- Je trainais un peu avant de rentrer.
- Ouais, ouais. Je suis sûr que tu as séché ! lança Julien en rigolant.
- Non, pas aujourd’hui, répondit-il.
Les garçons se tournèrent vers nous et firent les présentations avec leurs copines respectives avant de me regarder et de dire :
- Et voici Léonore, une fille désespérée. Elle nous suit partout mais on ne la connaît même pas. Elle prétend qu’elle est notre amie. Débarrasse-nous d’elle, pitié !
Ils ricanaient comme des chacals alors que je leur lançais un regard noir. Hugo me dévisageait avec un sourire moqueur. Il avait vraiment l’air d’une tête à claques celui-là.
- On peut rester un peu avec toi ? demanda Julien. Ca fait un moment que l’on t’a vu.
- Oui, pas de problème.
Ils commencèrent à discuter de leurs souvenirs communs alors que je jetais un coup d’œil au livre de la tête à claques. Les fleurs du mal, de Baudelaire. Impressionnant. Je levai la tête et croisa son regard qui semblait méfiant.
- C’est un livre que tu étudies en cours de français ? demandais-je.
- Non.
- Ah.
Un peu sec comme réponse mais je m’en contenterais. Il se tourna vers les garçons et annonça :
- Jérémy organise une fête demain soir, ça vous dirait de venir ? Vous aussi, les filles, vous pouvez venir, ajouta-t-il en se tournant vers Laura et Anna.
- Bonne idée, comme ça elles rencontreront notre bande de potes ! dit Florian.
Génial, me voici une fois de plus rejetée. Quelle plaie d’être seule.
- Euh, Léo pourrait venir aussi ? demanda timidement Laura, voyant que mon visage s’était renfrogné.
- Non, laisse, ce n’est pas grave, marmonnais-je.
Hugo soupira.
- Ne fais pas ta vexée, tu peux venir aussi si t’as envie. Ce n’est pas comme si je n’invitais que mes amis.
Je lui jetai un regard noir.
- Je n’ai pas besoin de ta pitié.
- Ce n’est pas de la pitié, c’est ce que l’on appelle de la politesse, dit-il sur un ton méprisant.
- Ne te crois pas supérieur à moi juste parce que tu lis de la grande littérature.
Je désignai du menton son livre posé sur le banc.
- Je ne me sens pas supérieur à toi mais il est vrai que le genre de fille que tu es m’horripile au plus haut point et je ne peux pas me retenir de le montrer.
- Ah, et je suis quelle genre de fille ?! m’exclamais-je, énervée. Parce que saches que les petits prétentieux comme toi ne sont pas non plus de mon goût.
- Oh là, calmez-vous les amis ! dit Julien. Pas besoin de s’énerver comme ça.
- Léonore, viens demain. Nous, on a envie que tu sois là, ajouta Anna.
Je grommelai quelque chose sans grand intérêt et fis un simple hochement de tête. Après tout je voulais être avec mes amis alors j’irais à cette fête quoi qu’il arrive.
Hugo me fixait, indifférent à ma présence, comme si quelques minutes plus tôt il ne m’avait jamais dit que ma tête ne lui revenait pas. Quel crétin.
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